Rencontre avec Marine Flour – Éditrice chez Fyctia – #FrenchTeamITW

15 Mar 2022 | Interview

Interview réalisée le 25 février

Vous le savez déjà, cette année, j’ai à cœur de vous proposer des interviews riches en découvertes ! Eh bien aujourd’hui je vous propose une rencontre avec Marine Flour, éditrice chez Fyctia et Hugo New Romance. Même si Marine n’est pas auteure, on reste sur la lignée de la #FrenchTeamITW … ce sera les #FrenchEditriceITW ! Je vous propose de découvrir le métier d’éditrice avec Marine : des anecdotes, des explications sur le métier et les coulisses d’éditrice…

Bonjour Marine ! Depuis combien de temps êtes-vous éditrice chez Fyctia et Hugo New Romance ?

Cela fait 5 ans que j’ai rejoint Hugo en tant qu’éditrice, notamment pour la plateforme d’écriture Fyctia pour laquelle j’ai également en charge une partie communication.

Dès mon parcours étudiant, j’ai développé cette double casquette : moitié communication/marketing et moitié édition. J’ai commencé mes études par un DUT Information communication plutôt orienté bibliothèque, et je me suis vite rendu compte que si les métiers du livre me passionnaient, travailler en bibliothèque ne serait pas pour moi. J’ai donc cherché à élargir mon champ de compétences grâce à une licence marketing. À la suite de cela, je me suis dit qu’il fallait que je me spécialise et j’ai opté pour un Master dédié à l’édition. Pour conclure ce Master, j’ai effectué un stage qui me permettait de mettre en pratique à la fois mes acquis en communication et ceux en édition : dans une agence de communication, au sein d’un service dédié aux éditeurs. J’ai ainsi pu travailler sur des lancements de collections, d’ouvrages, et ce dans des domaines très variés : littérature jeunesse, BD, parascolaire et bien d’autres. C’était génial !  J’y suis restée en CDI pendant quatre ans.

Au moment de changer de travail pour découvrir de nouveaux horizons, j’avais toujours cette envie de lier communication et métiers du livre. Hugo, via Fyctia, me permettait de mêler ces deux domaines : le digital avec la plateforme de concours d’écriture, et le travail des textes en tant qu’éditrice.

J’ai donc commencé à travailler en agence de communication, avec un poste évoluant vers de la réflexion stratégique social media et je suis aujourd’hui éditrice… Comme quoi, on peut arriver à l’édition par différentes voies !

 

Nous le savons tous, Fyctia est une plateforme de concours d’écriture mais aussi une plateforme pour créer sa communauté de lecteurs… Pourquoi ce choix ?

 

En discutant avec les auteurs édités par la voie « classique » (repérés grâce à un service de manuscrits, par exemple), ils disent souvent« Avant d’être publié, j’ai toujours été persuadé que le plus dur serait d’écrire mon roman et je me suis rendu compte une fois qu’il était publié que cela serait en réalité de communiquer et faire communiquer autour de lui ».

Je pense que pour cela, Fyctia est une super école. Dès qu’on se met à écrire, il y a les deux pans : perfectionner son écriture et apprendre à partager ses écrits avec les autres. Et puis, se créer une communauté, c’est le meilleur moyen de garder la motivation. Les retours boostent, permettent de progresser, et parfois, de belles rencontres sont au rendez-vous.

On a la chance que la communauté soit majoritairement bienveillante, c’est une force et on y tient beaucoup.

visuel magali inguimbert

Est-ce que vous lisiez de la New Romance avant d’être éditrice chez Fyctia ?

Pas du tout ! (rires) En toute franchise, avant d’arriver chez Fyctia, je n’avais jamais ouvert une romance. J’avais bien sûr vu les campagnes publicitaires pour After dans le métro, entendu parler de 50 shades of Grey, donc le phénomène romance m’intriguait, mais je n’en connaissais pas les codes. Ce que je trouvais incroyable, d’un point de vue extérieur (et que je trouve peut-être encore plus incroyable maintenant), c’était l’appétence du public. La New Romance est un segment qui fait venir en librairie des gens ne lisent pas habituellement. Il arrive même que des personnes qui ne lisaient pas finissent par lire un livre par jour. Ça ne se retrouve dans aucun autre genre.

Cinq ans après avoir découvert la New Romance, je suis toujours totalement soufflée par l’impact qu’elle peut avoir. Quand je vois l’ambiance au Festival New Romance, c’est hallucinant !

Et puis, si je n’étais pas familière de la romance à l’époque, j’ai vite rattrapé mon retard. Découvrir les codes, travailler sur la ligne que nous avons envie de défendre chez Hugo, sur le développement de la romance française m’ont vite plongée dans la marmite.

Aujourd’hui, sur tous les textes que je publie, 90% sont de la New Romance. Sachant que chez Hugo, chaque éditeur défend les textes qu’il a envie de publier, cela vous donne une idée de mon intérêt actuel pour le genre.

Vous publiez 90% de New Romance… Mais sur Fyctia il y a aussi des concours d’autres genres. Est-ce que vous lisez ces manuscrits ?

Oui, tout à fait ! Nous avons par exemple reçu les manuscrits du concours Guerrière et toutes les éditrices sont en train de les lire. Il pourrait m’arriver d’avoir un gros coup de cœur sur un texte imaginaire et de vouloir le défendre. Ça m’est arrivé une fois, quand je suis arrivée chez Fyctia. L’autrice n’a jamais fini son texte, mais sinon je pense que j’aurais absolument voulu le publier.

Toute l’équipe lit toujours tous les manuscrits finalistes, pour pouvoir donner un avis dessus. Même entre professionnels, nous avons des avis très divergents et c’est intéressant justement d’échanger autour de ces avis. Ensuite, pour déterminer qui éditera quel texte, plusieurs facteurs entrent en ligne de compte : le temps disponible, le coup de cœur…

Fyctia a renforcé encore mon respect pour le travail des auteurs. Que le texte soit bon ou non, le travail est là. Il arrive qu’on se mette tous d’accord pour dire qu’un texte n’est pas bon ou du moins pas publiable, mais on voit l’investissement énorme de la part de l’auteur. Les connaissances, le talent ou non c’est une chose, mais il ne faut pas oublier que les auteurs ont mis une partie de leur vie entre parenthèses pendant un moment, qu’ils sont allés au bout de leur projet pour nous le soumettre, et donc je pense que ça se respecte !

 

Qu’est-ce qui justifie qu’un texte est publiable ? Est-ce que les idées sont suffisantes ? Quel est le taux de retravail que vous acceptez pour prendre un texte ?

C’est un ressenti qui est donc variable d’un éditeur à l’autre. Passé la question de la ligne éditoriale, la décision dépend de la balance entre le potentiel qu’on voit dans le texte et le niveau de travail qu’on estime devoir accomplir avec l’auteur dessus. Est-ce que tout l’investissement va aller avec le potentiel du texte ou non ? Il n’y a pas de recette, c’est propre à chaque manuscrit et ça dépend des histoires. Et parfois, est-ce qu’on sent l’auteure capable d’effectuer tout le travail ou non ? Il y a des auteurs qui nous fournissent des premiers jets qui sont corrects et qui font un retravail incroyable. Et il y a des auteurs qui n’arrivent pas à cerner ça. C’est-à-dire qu’une fois qu’ils ont fini leur manuscrit, retravailler dessus et cerner la manière dont il peut évoluer, eh bien… non, ça ne prend pas.

Tous les textes sont retravaillés. Aujourd’hui, les autrices avec qui je travaille depuis cinq ans savent que cette étape est un incontournable. Un texte a toujours une marge de progression et c’est le rôle d’un éditeur de permettre à l’auteur d’arriver à la version la plus aboutie possible. L’éditeur doit apporter une vraie plus-value. Sa mission numéro un, c’est de donner des coups de pied aux fesses aux auteurs ! (rires) Plus sérieusement, il doit comprendre l’essence d’un texte et pousser l’auteur à donner le meilleur.

Avec quelles auteures travaillez-vous ?

La première autrice avec qui j’ai travaillé en arrivant chez Hugo, c’est C.S. Quill. Je travaille également avec Gaïa Alexia, Elle Séveno, Maloria Cassis, une petite nouvelle au catalogue Hugo qui s’appelle Rose Mia.

Je suis aussi l’éditrice de Phoenix B. Asher, qui revient en 2022 avec une quadrilogie écrite à quatre mains avec F.V. Estyer.

En ce moment, je travaille avec une autre auteure issue de Fyctia… mais je ne peux pas vous dire qui pour l’instant. Son roman est prévu pour la fin de l’année, il faudra donc attendre quelques mois pour que je puisse vous dévoiler son nom et le titre de son livre.

Sinon, j’ai également en charge la majeure partie des auteurs feelgood publiés chez Fyctia éditions. Cécile Bergerac, Samuelle Barbier, ou encore Cendre Elven (Mary Ann. P. Mikael) sont donc également mes autrices

« L’éditeur doit apporter une vraie plus-value au texte. »

Quel est votre vision du métier d’éditrice ?

Il y a souvent une vraie différence entre ce qu’on en imagine et ce que c’est… Ce qu’on en imagine, c’est très souvent l’éditeur qui passe sa journée à lire et qui dit « oui » ou « non » pour publier un texte. Souvent non, d’ailleurs ! (rires) Et puis, c’est tout. Alors que lire des manuscrits, c’est un quart, voire seulement 10% de notre travail, et ensuite il y a tout l’aspect travail du texte, conseil des auteurs et une grosse part de coordination.

Si je dois détailler la manière dont on travaille sur le texte :

 La première phase est celle des retours généraux. Après avoir contacté l’auteur, lui avoir fait une proposition de contrat d’édition, on relit le texte en détails pour mettre le doigt sur ce qui est perfectible. C’est dire par exemple « attention, ici c’est vraiment trop long, il va falloir couper », « au contraire, tel personnage a un vrai potentiel et tu ne l’as pas développé, il va falloir le faire », ce sont des grands axes de travail. Ça prend environ deux à trois jours pour relire le texte et construire les retours. Bien sûr, tout ceci se fait dans un échange constant entre auteur et éditeur. Il s’agit d’un dialogue. On en revient à la nécessité de comprendre l’essence d’un texte, le message qu’un auteur a voulu faire passer.

Vient ensuite ce qu’on appelle la « préparation de copie ». Ce sont tous les retours détaillés. L’éditeur relit/propose des retours phrase par phrase. Il remet tout en question. Sachant que toutes les modifications sont toujours des suggestions, c’est-à-dire que l’auteur valide ou non les changements. Il reste maître de son œuvre. C’est primordial.

Les étapes suivantes sont la correction, la maquette (en cas de publication papier), puis une dernière relecture pour vérifier que tout est bien fait et donner son BAT (bon à tirer).

Entre les retours généraux et la suite, il y a au moins un mois plein de travail pour un éditeur ! Sur l’année, on peut donc publier 12 textes… Et 12 textes, ça va très vite ! Pour donner un ordre d’idée, sur 2022, mon programme est plein et sur 2023 il est déjà bien rempli. Cela veut aussi dire qu’il faut se méfier d’un éditeur qui vous promet une publication très rapide. Dans l’édition, les temps sont longs.

« Être éditrice, c’est aider l’auteur à prendre de nouvelles directions. »

Est-ce que c’est vous qui demandez aux auteurs que vous voulez un nouveau texte ou c’est l’auteur qui vous l’envoie ?

Nous ne passons pas de commande, donc la démarche vient des auteurs. Par contre, la manière peut différer un peu en fonction de chacun. Après avoir fini le travail sur un manuscrit (et laissé à l’auteur le temps de se remettre), nous avons souvent une discussion sur la suite. Certains savent où ils veulent aller, quelle idée ils veulent transformer en roman, se lancent et m’envoient le manuscrit presque fini. D’autres veulent être plus aiguillés et me proposent différentes idées, puis on en discute ensemble et on choisit une direction avant qu’ils se lancent.

Généralement, entre la soumission du manuscrit et la publication, il faut minimum sept mois. Dans la chaîne du livre, après l’éditeur intervient le diffuseur qui fait le lien avec les libraires. Nous leur présentons les livres et grâce à leur travail avec les libraires, nous nous mettons d’accord sur un tirage. Ce travail est fait 6 mois avant une sortie, et pour pouvoir présenter un texte à un commercial, il faut logiquement que je l’aie lu !

 

Est-ce qu’il y a un thème rédhibitoire chez Hugo ?

Je vais faire une distinction entre les publications françaises et étrangères sur la question. Quand on travaille sur un texte français (et donc en direct avec l’auteur), il est possible d’intervenir sur des points bloquants. Dans le cas d’une traduction, ce n’est pas le cas, nous devons coller à la version originale.

En romance française, chez Hugo, nous n’avons pas envie de monter dans une escalade de violence, de gore, de vulgaire… Même si un public en est friand, ce n’est pas ce que nous avons envie de développer. En dehors de ça, je ne vois pas. Du moment qu’un sujet est traité avec finesse, nous sommes ouverts à le découvrir.

Nous sommes souvent surpris par certains retours sur nos prétendues attentes. Par exemple « est-ce qu’on a besoin de mettre une scène de sexe avant le 5ème chapitre ? » Pour nous, cette question paraît totalement aberrante. Si l’auteur estime qu’il n’y a pas besoin de scène de sexe dans son livre, et bien, il n’y en a pas et c’est très bien. Aucune obligation scénaristique chez Hugo.

Est-ce que vous lisez d’autres livres que ceux que vous publiez ?

Les piles de manuscrits des éditeurs sont souvent infinies, ce qui a tendance à brouiller la limite entre lectures personnelles et lectures professionnelles. Typiquement au moment de choisir une lecture, entre ma PAL de manuscrits qui déborde et une lecture qui m’attire à titre personnel, j’ai souvent la culpabilité qui me pousse à choisir un manuscrit… Donc mon temps de lecture perso est drastiquement réduit. Et j’essaie dans ce cas de lire dans un genre que je n’édite pas, pour éviter la déformation professionnelle de vouloir tout corriger.

Lisez-vous tous les manuscrits que vous recevez chez Hugo ?

On en reçoit beaucoup, beaucoup, beaucoup ! Ça dépend donc ce qu’on appelle lire tous les manuscrits… On lit au moins les présentations envoyées par les auteurs avec leur manuscrit. Parfois ça suffit à nous dissuader d’aller plus loin. Quand cela ne correspond pas à notre ligne éditoriale, par exemple. Parfois, on ouvre le manuscrit, on en lit deux pages, et on s’arrête. Et parfois, on lit en entier et on se dit qu’il y a un vrai potentiel.

Un grand merci à Marine pour le temps qu’elle m’a accordé pour cette interview ! J’espère qu’elle vous aura plu ! Je vous donne rendez-vous dans les prochaines semaines pour découvrir de nouvelles interviews !

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Blogueuse littéraire depuis 2017, je partage ma passion pour la romance à travers ce blog et mes réseaux sociaux ! Auteure en auto-édition, j’écris des romans young adult et de la romance.

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Marion Libro

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